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Préhistoire ancienne

Cours 4 : Les origines de l'Homme - 2

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Vers : L'organisation des études en L1 Introduction au Néolithique


 

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Préhistoire ancienne

Cours 4 : Les origines de l’Homme – 2

 

Seconde partie du cours sur les origines et l’évolution de l’Homme.

Nous en étions restés, la fois dernière, aux australopithèques, dont la diversité apparaît un peu plus chaque année, au gré des découvertes.

Nous en venons maintenant à l’homme au sens strict : le genre Homo.

Entre 3 et 2,5 MA, un évènement climatique majeur affecte la planète avec la formation de la calotte glaciaire arctique qui perturbe notablement les circulations des courants océaniques.

Cet évènement impose une durable sécheresse à l’Afrique où le paysage va s’ouvrir et s’assécher.

C’est dans cette période que les principaux australopithèques vont disparaître et que vont apparaître les Paranthropes et les hommes.

Entre 2,5 et 1,7 MA on connaît plusieurs espèces humaines qui sont associées à des outils de pierre taillée.
C’est le début de la Préhistoire au sens strict. 

Les paranthropes tout d’abord, ils ne sont pas nos ancêtres puisque des espèces humaines apparaissent au même moment. Ils sont considérés comme une variété d’Australopithèques robustes. On distingue :

- Paranthropus Aethiopicus daté entre 2,7 et 2,3 MA, connu en Afrique de l’Est, il semble occuper des régions arborées relativement humides.

- Paranthropus Boisei daté entre 2,4 et 1,2 MA, lui aussi en Afrique de l’Est mais dans des contextes de savanes arborées relativement sèches.

- Et enfin, Paranthropus Robustus, connu entre 2,2 et 1 MA en Afrique du Sud dans des contextes de savane arborée.

 

Du côté des premiers hommes, 3 espèces peuvent aussi être distinguées dans cette période :

- Homo Habilis, l’homme habile parce que le plus ancien associé à des outils, au moment des premières découvertes et de la définition du genre humain. Il est daté de 2,5 à 1,6 MA. On le connaît à la fois en Afrique de l’Est et en Afrique du sud, dans des contextes de savane arborée humide.

- Homo Rudolfensis, connu seulement en Afrique de l’Est et daté de 2,4 à 1,7 MA dans des contextes de savane arborée ouverte.

- Et enfin Homo Ergaster (aussi appelé Homo Erectus africain) daté de 1,9 à 1 MA et découvert dans de nombreuses régions d’Afrique du nord, de l’Est et du Sud mais aussi en Europe et en Asie, dans des milieux plus variés.

Dans cette période de bouleversements climatiques, la règle semble être s’adapter ou disparaître. Face à des changements et à l’apparition de régions climatiques plus contrastées, diverses espèces se développent et évoluent en s’adaptant à leur environnement.

Toutes ces espèces sont bipèdes et omnivores, elles possèdent de grandes dents et sont assez grandes et robustes de façon à survire au mieux, mais certaines, chez l’homme, vont connaître des innovations techniques.

Ainsi, dès 2,3 MA, les sites livrant des outils de pierre taillée incontestables peuvent être qualifiés de nombreux.

Les Homo Habilis sont considérés comme des charognards implantés dans les savanes arborés où de nombreuses carcasses de grands herbivores sont disponibles.

Certains paranthropes auraient par ailleurs peut-être confectionné des outils comme Australopithecus Garhi avant eux.

Au même moment, Homo rudolfensis semble plus adapté aux savanes ouvertes mais d’une manière générale toutes ces espèces d’hommes possèdent des outils et pratiquent le « charognage ».

La période est aussi marquée par une nouvelle radiation des hominidés à travers le monde et donc aussi par l’outil et la transmission des savoirs.

Mais évidemment, si cette présentation a l’air simple, c’est seulement parce que j’ai choisi de vous présenter la théorie la plus courante.

En réalité selon certains travaux récents on pourrait rejeter Homo Habilis et Homo rudolfensis du genre Homo pour ne garder que Homo Ergaster comme ancêtre direct, un homme beaucoup plus grand, parfaitement bipède, avec un gros cerveau…

Le débat est encore ouvert.

Nous étions jusque là en Afrique, voyons maintenant comment l’Homme est parti à la conquête du monde.

Si une première diaspora interne à l’Afrique est observable vers l’Afrique de l’ouest et le Sahara, c’est au nord-est de l’Afrique et probablement a Homo Ergaster, parce qu’Homo Rudolfensis semble très adapté à son environnement et que Homo Habilis semble lié à la présence d’arbres, que l’on doit les premières grandes migrations humaines à travers le monde.

Et de fait, ce sont bien des restes d’Homo Ergaster qui sont les plus anciens restes humains découverts hors d’Afrique.

C’est le cas sur le site de Dmanisi en Géorgie daté de 1,7 MA avec un grand flux migratoire vers l’est où l’on retrouve Homo Ergaster jusqu’en Chine méridionale à 1,8 MA.

Dans tout l’ancien monde, la culture de ces premiers hommes, qui est appelée l’Oldowayen et ses productions de galets vaguement taillés, sur lesquels nous reviendrons dans les prochains cours précède une autre culture, plus évoluée, appelée l’Acheuléen et la culture des bifaces. Selon diverses observations, la culture oldowayenne atteindrait la Chine antérieurement à 1,5 MA et donc sans doute avec Homo Ergaster.

Les migrations acheuléennes commencent sans doute plus tard. Le site le plus ancien hors d’Afrique est situé en Israël à Ubeidiya avec un faciès acheuléen daté à 1 MA.
Cette migration atteint l’Inde et avec des extensions vers la Chine et la péninsule malaise, ailleurs, ce sont les cultures à galets taillés qui perdurent bien plus tard.

Vers l’Ouest, les premières migrations oldowayennes se suivent sur de nombreux sites entre 1 MA et 750000, en Italie, en république tchèque, en Croatie, mais aussi en France (Le Vallonnet dans les Alpes-Maritimes, Soleilhac dans le massif central, les terrasses de la Somme et les plages de la Manche dans le nord).

Certains sites comme Orce en Espagne et Chilhac en France datés entre 1,2 et 1 MA demeurent contestés.

Les restes humains connus à Dmanisi, à Atapuerca en Espagne ou à Ceprano en Italie. Tous évoquent Homo Ergaster.

Les premières migrations acheuléennes sont connues en Italie et en Espagne mais aussi en France à l’Arago dans les Pyrénées Orientales et dans la vallée de la Somme, dans le nord de la France, autour de 700000.

Pour en revenir à nos fossiles, à partir du dernier million d’années, toutes les espèces d’hominidés fossiles disparaissent à l’exception du genre Homo.

Si la chronologie est plus récente et mieux maîtrisée, cela ne signifie pas que les choses soient plus simples.

Vous devez connaître Homo Erectus. Cette appellation recouvrait semble-t-il un grand fourre-tout que les paléoanthropologues d’aujourd’hui préfèrent réserver à une espèce, sans doute issue d’Ergaster en Asie, présentant des caractéristiques morphologiques propres.
Son extension en Europe est encore discutée et en Asie, il perdure jusque vers 300000.

Dans la littérature la plus récente, on distingue un Homo Erectus sensu lato qui comprend tous les fossiles approchant dont Ergaster et un Homo Erectus stricto sensu uniquement asiatique.

Quelles espèces d’humains sont alors présentes à partir de 1 MA ?

- Nous allons trouver un Homo Heidelbergensis qui occuperait l’Afrique, l’Europe et l’Asie occidentale de 1 MA à 300000 ans en parallèle de l’Homo Erectus, considéré par certains comme un Homo sapiens archaïque,

- Nous allons aussi trouver un Homo Antecessor, en Europe, dans les fouilles récentes en Espagne – Principalement à Atapuerca, qui pour certains serait un ancêtre de l’homme moderne et pour d’autres un pré-néandertalien.

A partir de 500000 ans, les premiers traits d’une néandertalisation apparaissent, c’est déjà le cas avec la mandibule de Mauer datée de 700000 et cela devient évident avec l’homme de l’Arago -Arago 21- à 450000.

Ces pré-néandertaliens montrent comment les populations européennes commencent à se différencier des populations africaines et asiatiques. Ces transformations s’accentuent dans la période 400000 – 200000 avec entre autres certains spécimens d’Atapuerca en Espagne, et les principaux caractères néandertaliens sont réunis il y a 128000 ans au début du Pléistocène supérieur.

Ces transformations sont le fait d’un isolement des populations européennes par rapport aux autres et des modifications climatiques, surtout l’accroissement de l’amplitude des oscillations climatiques, avec d’importants épisodes froids. En effet, les néandertaliens vont être des hommes adaptés à des conditions climatiques particulièrement rudes.
Ces néandertaliens vont ensuite se répandre vers l’est jusque en Israël, Syrie, Irak mais aussi en Ouzbékistan, et dans le sud de la Sibérie.

Ces néandertaliens vont développer une culture très particulière appelée le Moustérien.
Il s’agit du principal ensemble culturel du Paléolithique moyen.

L’origine de l’homme moderne n’est pas plus simple que les problématiques concernant les autres hominidés plus anciens.
Vous l’avez compris, rien n’est jamais simple dans le domaine de la paléoanthropologie.

Que sait-on ?

Tout d’abord que les premiers Homo Sapiens, les plus anciens, sont encore une fois africains, mais que ceux du Proche Orient ne sont pas ou guère plus récents.

Bon, on distingue généralement, des Homo Sapiens Archaïques entre 400000 et 150000 et à partir de 150000 l’Homo Sapiens Sapiens.

Il existe deux hypothèses actuellement pour expliquer l’origine et la répartition des hommes modernes.
La première est appelée l’Arche de Noé et se fonde sur une origine unique et africaine de Sapiens Sapiens, essentiellement à partir de données génétiques.
La seconde appelée le Candélabre envisage une évolution distincte dans les diverses régions à partir d’un Homo sapiens archaïque.
Et je serai bien incapable de trancher mais la seconde me semble toujours un peu curieuse….

Une certitude, Néandertaliens et Hommes modernes ont vécu à la même époque pendant plusieurs dizaines de milliers d’années, ils ont été contemporains.
Il existe des centaines de théories plus ou moins fumeuses, sur les causes de la disparition des néandertaliens que certains attribuent à une extermination par les hommes modernes. De même le statut de Neandertal est encore discuté : est-il Homo neandertalensis comme on le pense généralement ou Homo Sapiens Neandertalensis ? Y-a-t-il pu avoir des métissages ou non ?

Ces hommes modernes arrivent en Europe à une époque encore difficile à préciser mais on sait qu’ils seront tous seuls à partir de 30000 environ. Les Néandertaliens auront disparu.

A partir de cette époque, et jusqu’à nos jours, sous réserve de découvertes à venir, il n’y a plus qu’une seule espèce humaine à la surface de la planète, l’homme moderne, Homo Sapiens sapiens, c'est-à-dire nous.

Si l’évolution de l’espèce se poursuit, et elle se poursuit peut-être, elle n’est pas perceptible depuis cette époque trop récente… Il ne s’est pas passé assez de temps pour que l’on assiste à des transformations majeures.

Evidemment, dans les discussions de bistrot, vous entendrez fréquemment que les hommes grandissent, et particulièrement ces dernières décennies… En réalité, il ne s’agit pas d’une évolution au sens strict, dans la mesure où la stature des êtres humains semble tout autant liée à des cycles sans doute complexes – car il y a eu des périodes préhistoriques et historiques avec des gens plus ou moins grands et il est absolument faux de croire que les gens du Néolithique ou de l’antiquité étaient nécessairement plus petits que nos contemporains.

Surtout, il semble que l’amélioration des conditions de nutrition et de santé depuis un peu plus d’un siècle, contribue avec un temps de retard à un développement assez important de la taille des individus pendant la fin du XXe siècle et jusqu’à maintenant.

Il ne s’agit sans doute pas d’un phénomène d’adaptation ou de sélection classique des systèmes de l’évolution des espèces vivantes.

Ce qui caractérise l’humanité depuis ses débuts, en fait, c’est moins son évolution biologique que son évolution intellectuelle et culturelle.

Depuis près de 3 millions d’années, l’homme a commencé à fabriquer des choses et à y réfléchir… des outils, des maisons, des outils pour fabriquer des outils et puis il a inventé des religions, des arts et des systèmes sociaux et politiques plus compliqués que chez tous les autres animaux, c’est ce qu’on appelle communément la culture et c’est ce qui fera l’objet des prochains cours.

 

A lire :

Nouveau :

BRUNET M. (2008) - Origine et histoire des hominidés. Nouveaux paradigmes, Paris : Collège de France / Fayard, 2008, 53 p. (Leçons inaugurales du Collège de France).

COPPENS Y., PICQ P. (Dir.), 2001 – Aux origines de l’humanité, Tome 1 : De l’apparition de la vie à l’homme moderne, Paris : Fayard, 2001, 649 p.

DUTOUR O., HUBLIN J.J., VANDERMEERSCH B. (Dir.), 2005 – Origine et évolution des populations humaines, Paris : CTHS, 2005, 400 p.

GALLAY A. (Dir.), 1999 – Comment l’homme ? A la découverte des premiers hominidés en Afrique de l’Est, Paris : Errance, 1999, 408 p.

PICQ P., 2005 – Les origines de l’homme. L’odyssée de l’espèce. Paris : Editions du Seuil / Taillandier, 2005, 264 p. (Coll. Points Sciences S166).

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