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Préhistoire ancienne

Cours 9 : L'habitat du Paléolithique et du Mésolithique

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Vers : L'organisation des études en L1 Introduction au Néolithique


 

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Préhistoire ancienne

Cours 9 :

L'habitat du Paléolithique et du Mésolithique

 

 

Maintenant que nous avons fait le tour de la chronologie et des principales cultures du Paléolithique et du Mésolithique, nous allons reprendre ces grandes périodes et ces grands ensembles culturels d’une façon un peu plus thématique en envisageant aujourd’hui l’habitat et l’habitation.

Nous allons donc repartir tout de suite dans le plus lointain passé de l’histoire humaine pour envisager l’habitat.

Sans recommencer une grande introduction sur le faible nombre de sites et la mauvaise conservation des vestiges les plus anciens de l’humanité, vous devez conserver à l’esprit que les temps les plus anciens ne sont pas les mieux connus.

Cependant, les fouilles ont permis d’accumuler un certain nombre de connaissances même sur ces périodes.

Comme j’ai eu l’occasion de vous le dire, dans la période pré-acheuléenne, celle des premières espèces du genre Homo (Ergaster, Habilis et Rudolfensis), nous connaissons un certain nombre de sites archéologiques dont témoignent les accumulations des premiers outils.

Ces sites sont le plus souvent des sites correspondant à une activité précise et à une courte durée d’occupation : il s’agit de sites de boucherie où ont été découpés sur place des carcasses de gros animaux, il s’agit aussi des premiers ateliers sur des gîtes de matières premières qui ont servi à fabriquer des outils.

Mais nous connaissons aussi quelques sites où l’accumulation des vestiges traduit une fréquentation plus importante ou au moins récurrente, c'est-à-dire des lieux où les hommes sont resté plus longtemps où des lieux marqués par plusieurs occupations successives.

Il semble qu’une évolution soit possible, en tendance, entre l’Oldowayen et l’Acheuléen avec d’une part des sites principaux où toutes les activités sont parfois concentrées et d’autre part une division de l’usage des sites qui se spécialisent à la période suivante.
Diapo : place de la rivière

Pour ces premiers sites, nous pouvons retenir deux faits importants :

- Il s’agit tout d’abord de l’importance de l’eau, c'est-à-dire de la proximité de points d’eau ou de rivières qui concerne l’essentiel des sites actuellement connus. On remarque aussi bien souvent que si les sites sont proches de ces points d’eau, ils se situent généralement légèrement au-dessus du niveau de l’eau afin d’éviter de possibles crues saisonnières.

- Il s’agit ensuite du fait que dès cette époque les sites de plein air semblent plus importants en nombre que les sites de grottes et abris qui existent cependant eux aussi.

Concernant l’organisation de l’habitat et l’existence d’habitations (de cabanes ou d’abris construits) les données sont rares. Plusieurs fouilles témoignent d’une limite floues de la zone d’occupation, les objets se raréfiant progressivement lorsqu’on s’éloigne du centre du site : ce qui témoigne probablement de l’absence de clôture.

Concernant l’existence de construction, on connaît aujourd’hui sur plusieurs sites des zones circulaires ou généralement ovalaires et mesurant jusqu’à 8 m2 dénuées de vestiges et limitées par des accumulations de galets et de vestiges.

Zones vides et accumulations périphériques pourraient témoigner de l’existence de structures construites, mais celles-ci demeurent rares et difficiles à interpréter.

Le feu va être présent sur 2 sites de cette période, dont le plus ancien est daté de 1,4 MA. Sans réelle récurrence, il ne s’agit probablement pas de feux domestiques, volontairement allumés, mais de feux récupérés et entretenus, qui se marquent au milieu des sites par des plaques d’argile rubéfiée, brûlée, sans aucun aménagement spécifique.

(En Afrique, les premiers feux probablement domestiques ne datent que de 500000).

En Europe, vous savez que les gisements très anciens, sont très peu nombreux, fugaces et sujets à caution.

Le plus ancien site probablement évident est celui déjà mentionné de Soleilhac, daté autour de 900000 ans. Si les vestiges d’un outillage sur galet et les accumulations de restes osseux sont évidents. Les fouilleurs ont décrit un mur de blocs de basalte séparant le site en deux. En fait l’intentionnalité de cette construction demeure difficile à prouver. En revanche, nous retrouvons là un site implanté en bordure de Lac.

De la même époque, on peut mentionner un feu dans la grotte de l’Escale dans les Bouches-du-Rhône, grotte qui a livré quelques galets vaguement taillés et très discutés. Là encore l’intentionnalité du feu, dans un abri largement ouvert et pouvant résulter d’un incendie naturel est difficile à assurer.

Toujours dans ces très anciens gisements, signalons le site d’Isernia en Italie, celui-ci absolument non contesté et qui a été recouvert d’un dépôt volcanique daté de 730000 ans. Lui aussi marqué par une accumulation d’ossements associés à des outils de pierre, il se trouve sur la berge d’une rivière là encore.

A partir de 500000 ans, les sites sont beaucoup plus nombreux et généralement implantés en bord de points d’eau et plus rarement en grotte.

Concernant l’habitat, le site de Terra Amata à Nice est intéressant. Occupé quelque part entre 250000 à 200000 ans, à peu près, il est implanté sur une plage en bordure de mer. Les fouilleurs pensent reconnaître une série de huttes marquées une accumulation périphérique de pierres et des vestiges, avec un foyer à l’intérieur.
Le seul problème c’est qu’ils vont jusqu’à décrire 21 huttes successives reconstruites au même endroit et correspondant à un habitat saisonnier, ce qui est sans doute abusif en fonction de certaines observations.
Néanmoins, l’hypothèse d’une hutte sur ce site, peut-être plusieurs, demeure assez satisfaisante.

Des habitats probables de la même époque et implantés directement sur une plage sont aussi connus dans le nord Cotentin sur les sites de Port-Pignot et Roche-Gélétan où des foyers sont présents mais le plan des cabanes supposées par les fouilleurs à partir de trous de piquets et d’alignements de blocs, demeure là encore difficile à valider.

Concernant le feu, certains spécialistes considèrent qu’il n’y a encore aucune évidence de sa généralisation à cette époque. De fait, les réels foyers demeurent rares, pas absents, jusqu’au Moustérien où ils se généraliseront.

Au Paléolithique moyen, les dallages de galets et les petits aménagements comme des murets deviennent assez nombreux dans les grottes d’Europe occidentale.

Des aménagements beaucoup plus importants sont parfois supposés comme à la grotte du Lazaret à Nice dans un niveau daté d’environ 130000 ans. Un sol d’habitat archéologique de 11 m de long sur 3,5 m de large se trouve adossé à la paroi et limité par un alignement de gros blocs interprété comme les vestiges d’une cabane. Celle-ci est cependant encore discutée.

Si les aménagements dans les grottes demeurent peu importants, ce qui correspond à une certaine logique, il n’en est pas de même avec les sites de plein air qui montrent l’existence de structures complexes mais pas toujours aisément interprétables.

Le site des Trécassats dans le Vaucluse montre 6 concentrations de vestiges lithiques qui sont interprétés comme des fonds de cabane du Moustérien, il s’agirait alors du plus ancien village connu mais la synchronie réelle entre les différentes structures ne peut être prouvée et il pourrait s’agir d’occupations multiples et successives.

Le site de Champ Grand dans les gorges de la Loire montre l’existence de structures composées de grandes cuvettes creusées dans le substrat avec des murets de pierres associés.

Certaines structures peuvent être spectaculaires comme pour la couche 4 du site de Molodova 1 en Ukraine avec une structure ovalaire de 8m sur 5 composée d’ossements de mammouths et datée d’un minimum de 44000 ans. Elle se compose de 12 crânes, 15 défenses, 34 omoplates, 51 épiphyses d’ossements, 5 mâchoires. On y a trouvé 29000 objets lithiques, 15 foyers et une importante tache d’ocre.

Deux autres cabanes du même genre sont connues sur le site de Ripiceni-Izvor en Moldavie, où les ossements de mammouths sont associés à des dalles de pierre. 

Les interprétations de ces structures sont diverses, pour Molodova on décrit généralement une véritable cabane architecturée en ossements, alors qu’à Ripiceni on évoque seulement un pare vent sans toiture.

A la période des derniers néandertaliens, avec le Châtelperronien, on connaît une structure du même esprit dans la grotte du Renne à Arcy sur Cure dans l’Yonne. A l’intérieur de la cavité, un cercle de dallettes et de galets délimitait un cercle vide de 2 m de diamètre. Autour de ce cercle une série de 12 trous de poteau présentait encore dans certains cas des fragments de défenses de mammouth.

A Bruniquel, dans le Tarn et Garonne, ce sont des concrétions (stalactites et stalagmites brisées) qui servent à définir une construction complexe, elle aussi attribuée au Châtelperronien.

Concernant maintenant le Paléolithique supérieur stricto sensu :

Au Gravettien, le site de la Vigne Brun dans la Loire présente 4 à 5 structures sub-circulaires de 4 à 5 m de diamètre maximum, réparties sur 250 m2.

Elles sont composées d’une grande cuvette avec un cordon de pierre et un bourrelet terreux périphérique.
Elles atteignent 50 cm de profondeur au centre et présentent des foyers.
Nous somme autour de 23000 BP et leur répartition, l’absence de chevauchement et l’importance même des structures pourraient indiquer d’une part qu’elles sont synchrones (ce qui est encore discuté) et leur longue durée d’utilisation probable.

On trouve des structures sensiblement comparables à la même époque sur le site de Dolni Vestonice en Moravie dont une hutte particulière éloignée des autres a livré une importante structure de combustion en son centre contenant les restes de plus de 2000 statuettes et fragments en argile.

Et au-delà en Russie sur le site de Gagarino ; toujours semi enterrée avec un bourrelet périphérique.

Mais dans ces régions, avec le Gravettien puis l’Epigravettien, ce sont les constructions en ossements de mammouth qui vont se développer largement.

Plusieurs sites sont connus :

Kostienki en Russie.

Ioudinovo en Russie.

Méziritch en Ukraine.

Mézine en Ukraine.

Et encore à Gontsy et Dobranichevka en Ukraine et à Cracovie-Spadzista en Pologne

Ainsi qu’à Dolni Vestonice déjà mentionné en Moravie (République Tchèque).

A kostienki 1, on voit en outre l’apparition d’un village organisé avec les cabanes disposées selon un plan qui semble préétabli en fonction d’un alignement central de foyers externes.

Si le Solutréen ne livre pas beaucoup de structures, hormis des alignements de blocs et autres aménagements de grottes, le Badegoulien présente quelques structures originales comme l’aire pavée du site du Cerisier en Dordogne sur 16 m2 avec un seuil bien marqué.

A la fin du Paléolithique supérieur, avec le Magdalénien, on va commencer à vraiment pourvoir parler de sites saisonniers avec des campements de chasse réoccupés chaque année à la même époque et peut-être même d’une hiérarchie de sites, avec de supposés super-sites correspondant, pour certaines vastes grottes, à des lieux de réunions occasionnelles de plusieurs groupes différents. Mais cette dernière hypothèse fréquemment évoquée demeure difficile à valider.

Il faut évoquer ici les campements de chasse du bassin parisien : Pincevent, Verberie, Etiolles… dont les structures remarquablement conservées par des phases d’inondations récurrentes permettent de décrire l’organisation.

L’illustration de Pincevent montre nettement l’organisation des habitations autour d’un foyer central avec une couronne périphérique de vestiges, des postes de travail, aires spécialisées et une aire de rejet opposée à l’aire protégée à l’arrière, interprétée comme couverte : l’aire de repos.

Le schéma théorique très simple a ici toutes les chances d’être valide.

A Pincevent, on peut aussi supposer des organisations sociales plus complexes qu’on ne le pensait autrefois.
Tout d’abord, il existe des tentes doubles et même triples et les remontages des objets lithiques montrant des échanges d’une habitation à une autre en même temps qu’elle valide l’hypothèse de la stricte synchronie des différentes tentes.

Le site de Pincevent est un campement de chasse en bordure de rivière régulièrement réoccupé.

Sur le site d’Etiolles, on parle plutôt d’un atelier de taille, en fonction de l’activité dominante sur le site.

Mais le schéma d’organisation des habitats est fort semblable à celui de Pincevent. Par ailleurs, l’analyse fine des amas de débitage semble montrer une disposition récurrente des déchets autour du foyer central qui serait déterminée en fonction de la dextérité des tailleurs.

Tous ces gisements présentent aussi de vastes foyers non liés à une habitation en particulier et pouvant constituer une structure collective au sein de l’habitat.

Pendant le tardiglaciaire et le développement des cultures du Mésolithiques, les restes d’habitation conservées se raréfient mais existent toujours, semblables à celles des époques antérieures, concentrations de mobiliers, pavages, grandes cuvettes… Les sites donnés en exemple comprennent souvent 4 ou 5 structures associées, ce qui laisse penser à de petits hameaux mais la réelle synchronie des différentes structures n’est pas toujours prouvée.

L’usage du bois semble se développer parallèlement au développement de la forêt. Ainsi, si les trous de poteau ne sont pas rares dans toute l’Europe, bien qu’on ne soit pas toujours en mesure de restituer des plans évidents,   les régions nordiques livrent dans les tourbières, de véritables planchers de bois rectangulaires de 14 à 25 m2 et même un plancher rond de 16 m2.

La fin de la période est marquée par une réelle stabilisation de l’habitat sous deux formes différentes.

En Europe centrale et occidentale, on va avoir des cas, dans les zones forestières riches de réelles sédentarisations comme à Ertebölle au Danemark ou de façon encore plus évidente à Lepenski Vir et Padina sur le Danube.

De petits villages semble-t-il permanent se mettent en place ici dans un contexte très particulier qui est le bord du Danube qui constitue une niche écologique particulière et où les hommes vont se tourner surtout vers le fleuve pour assurer leur subsistance…

Jusqu’à créer probablement une religion elle aussi orientée vers le fleuve avec ces sculptures très particulières qui évoquent des poissons ou des hommes poissons.

A l’autre bout du monde, dès 10000 avant notre ère, les populations Jomon du Japon, se sédentarisent eux aussi au sein d’un milieu riche en ressources… avec de grandes maisons…

Et ils inventent la céramique, ce sont probablement les premiers de la planète. Une céramique ni très simple, nui très moche comme vous pouvez le voir.

Malgré ces expériences localisées, c’est quand même la mobilité qui marque toujours la période pour la plupart de populations.

Il s’agit avant tout de chasseurs…

Il y aura quand même quelques formules adaptées… avec un semi nomadisme ou une semi sédentarité….

Comme dans les marges orientales de l’Europe, au sud de la Russie qui ne sont pas forestière mais steppiques et vont conserver longtemps les traditions des chasses du Paléolithique supérieur, mais là encore on pourra observer une certaine permanence et une stabilité de l’habitat saisonnier cette fois comme sur le site de Mirnoïé près d’Odessa.

Mais en fait la réelle sédentarisation est apparue bien plus tôt dès 12000 avant notre ère, dans l’Epipaléolithique du Proche Orient annonçant la première phase du lent processus de néolithisation.

Nous y reviendrons au début du second semestre.

Orientation bibliographique

DESBROSSE R., KOZLOWSKI J.K. (1994) – Les habitats préhistoriques. Des australopithèques aux premiers agriculteurs, Cracovie / Paris : CTHS / Université Jagellon de Cracovie, 1994, 132 p.

DJINDJIAN F., KOSLOWSKI J., OTTE M., 1999 – Le paléolithique supérieur en Europe, Paris : Armand Colin, 1999, 474 p. (Collection U)

OTTE M., 1996 – Le paléolithique inférieur et moyen en Europe, Paris : Armand Colin, 1996, 360 p. (Collection U) 

 

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